Archives pour le mois de : août, 2013

LA CHRONIQUE DES ARCHÉOLOGUES

27 août
27 août 2013

Des objets circulaires symbolisés et gravés…

 

Objets circulaires et figurine gravée.

La campagne de fouilles de 2013 a généré de nombreux objets symboliques. Ceux-ci devront faire l’objet d’une étude particulière afin de décrypter l’aspect spirituel de leurs formes et des symboles gravés sur leur surface. La curiosité est de mise ici et il nous semblait important de publier dans le Journal de bord quelques éléments de nos premières investigations concernant ces objets. Les cultures amérindiennes construisent leur spiritualité sur des principes émanant de l’honneur, de l’estime de soi et de l’identité. Celles-ci reposent sur l’existence de liens entre la terre-mère et toutes les formes de vie s’y retrouvant. La forme circulaire est un élément important de la spiritualité autochtone, car les forces du monde procèdent par cercles et que chaque chose tend sur la rondeur. Le cercle ou l’anneau garantissait la prospérité tant qu’il restait intact. Dans le cercle, on retrouve l’arbre qui se nourrit aux quatre quadrants. L’est apporte la lumière du soleil et la paix, le sud la chaleur, l’ouest le vent et la pluie, et le nord, le froid, la force et l’endurance. Les saisons se succèdent dans cet ordre. Les forces du monde agissent donc de manière circulaire et c’est pour cette raison que le ciel est arrondi vis-à-vis de ses extrémités, que la terre et les étoiles sont rondes et que le soleil décrit un cercle autour du territoire. La vie humaine est aussi un cercle menant de l’enfance à l’enfance. Le conseiller spirituel des Sioux Black Elk Speaks disait que « … les tipis étaient ronds comme des nids d’oiseaux et disposés en cercle, anneau de la nation, le nid des nids où, selon la volonté du Grand-esprit, nous élevions nos enfants ». Il faut mentionner, à cet égard, que tous les artéfacts circulaires mis au jour à Odanak ont été retrouvés à l’intérieur de fosses de forme arrondies… comme quoi le cercle est partout.

Figurine anthropomorphe et objets circulaires gravés: médaillon en ardoise et pierre de fée.


Sources : HARVEY, Graham, WALLIS, Robert, (éds.)
2007 Historical Dictionary of Shamanism (Lanham, Scarecrow Press), XX, 308 p. [Historical Dictionaries of Religions, Philosophies, and Movements, 77].
IRWIN, Lee, 2000, Native American Spiritulity, A Critical Reader, University of Nebraska Press.
 
 
Par Geneviève Treyvaud et Michel Plourde

Un petit mot de la rédactrice

23 août
23 août 2013

 
Au nom de toute l’équipe du projet Fort d’Odanak : le passé revisité, je vous dis aujourd’hui au revoir. Officiellement, un adieu serait plus adéquat, puisque cette saison de fouilles était la dernière du projet. Mais nous trouvons tous cela beaucoup trop triste, alors ce sera simplement un au revoir rempli d’espérance.
 
Septembre sonne à nos portes, c’est le retour sur les bancs d’école. Les apprentis archéologues ont troqué la truelle contre le crayon à mine. Le terrain est remblayé, les archéologues serrent leurs outils… Mais non, pas encore! Une autre semaine de fouilles aura lieu en septembre afin d’en apprendre davantage sur la première église du village fortifié. Cependant, dans quelques mois, les traces de leur passage sur le carré historique du musée seront considérablement atténuées. Toutefois, les trésors qui ont été mis au jour tout au long de cet été reposent désormais en sécurité au Musée. Ce projet, qui appartient à toute la communauté d’Odanak, restera bien vivant au Musée des Abénakis. Une exposition présentant l’histoire du fort d’Odanak aura lieu d’ici 2015! De plus, chers internautes, vous aurez encore l’opportunité de naviguer à travers l’histoire de ce village fortifié! Eh oui, un membre de l’équipe du Musée reprendra mon flambeau en continuant d’alimenter le Journal de bord durant les prochains mois!
 
Maintenant, je tenais aussi à vous dire au revoir en mon nom personnel. Depuis les 6 dernières semaines, vous lisez fidèlement mes petits articles à propos de l’évolution des fouilles. Au fil des jours, j’ai rencontré des jeunes pleins d’énergie et d’ambition, j’ai été témoin d’un projet formidable que tous avaient à cœur, j’ai vu une équipe d’apprentis archéologues se souder et se soutenir; et c’est avec nostalgie que je leur dis au revoir. Ce projet avait mille et une qualités. En plus de la quantité incroyable d’artefacts retrouvés, de l’information scientifique que les archéologues en tireront, des pages d’histoire supplémentaires révélées, j’ai constaté qu’il a forgé des liens amitiés, de respect et d’esprit d’équipe. Ce projet fut pour moi un bel exemple d’entraide, d’apprentissage, de diffusion des connaissances et de mobilisation culturelle. Je souhaite de tout cœur tout le bonheur du monde et la meilleure des réussites à ces jeunes exceptionnels. À travers ce journal de bord, je désirais vous transmettre l’enthousiasme des participants à ce projet et leur amour pour l’histoire et l’archéologie. Est-ce un succès?
 
Lecteurs et lectrices, j’espère sincèrement que vous avez eu autant de plaisir à rencontrer cette équipe et suivre ce projet virtuellement que j’en ai eu à rédiger ces quelques pages.
 
L’équipe du projet Fort d’Odanak : le passé revisité vous dit au revoir et à l’année prochaine… peut-être?
 
Catherine

LA CHRONIQUE DES ARCHÉOLOGUES

23 août
23 août 2013

Fin des fouilles menées à la porte du musée des Abénakis!

Pieu

Après six semaines de travaux, c’est le jeudi 22 août que le remblayage s’est fait sur l’opération 6 située devant la façade du musée. Les plans, les dessins stratigraphiques et l’arpentage sont maintenant terminés et la prise des échantillons de sol de différentes couches, de charbons et de bois a été réalisée en vue d’analyses spécialisées. Les fouilles réalisées en aire ouverte ont été particulièrement fructueuses. Les nombreuses traces de poteaux, de piquets, de pieux ont permis de confirmer la présence d’éléments de palissade et de structures d’habitations dont les planchers comportaient plusieurs fosses. Les derniers jours de fouilles ont été particulièrement intenses avec la découverte d’une grande fosse remplie d’objets de toutes sortes, d’outils et d’ossements d’animaux comportant des marques de dépeçage. Une lecture de la répartition spatiale des fosses et des traces de poteaux, entre autres, et la présence d’artéfacts fabriqués aux XVIe et XVIIe siècles nous amènent à soulever

Vue en plan d’un poteau.

l’hypothèse d’une occupation du site sur plusieurs décennies. Nous pensons que la terrasse actuelle aurait également été occupée avant la période de la fortification (entre 1676 et 1700) par des Abénakis et des Sokokis, et probablement aussi par des Loups et des Mohicans, comme le rapportent les Relations des Jésuites.
 
 
Par Geneviève Treyvaud et Michel Plourde

Une semaine prolifique!

22 août
22 août 2013

De magnifiques artefacts ont été découverts cette semaine, dont une partie de hache, une pointe de flèche en métal et un grattoir en os. Ces objets proviennent tous de la même fosse!

Grattoir fait à partir d’un os long d’un mammifère terrestre.

Partie d’une hache en fer et pointe de flèche en alliage cuivreux.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Après ces belles trouvailles, le terrain doit maintenant être remblayé. Pendant ce temps, les apprentis archéologues nettoient et complètent l’ensachage des artefacts.

La faïence

21 août
21 août 2013

Tesson de faïence décoré de motifs géométriques.

En général, sur le site archéologique d’Odanak, peu de céramique et de faïence ont été retrouvées. Cela peut s’expliquer par plusieurs hypothèses. Le bois, la stéatite et la poterie amérindienne par exemple, étaient peut-être préférés à la céramique européenne lorsqu’il était question de vaisselle, car certains de ces matériaux étaient beaucoup plus solides. Le bois était également plus léger donc plus pratique à transporter. Pour ce qui est des récipients de cuisson, les Abénakis du village fortifié d’Odanak utilisaient probablement des chaudrons de cuivre ou de fer obtenus des échanges avec les Européens, en l’occurrence les Français. Cependant, les archéologues ont tout de même recensé quelques tessons de différentes céramiques, telles que la poterie amérindienne, la terre cuite commune vernissée verte et la faïence.
 
Les tessons de faïence française et hollandaise sont plus nombreux sur le site que les tessons d’autres céramiques. Voici donc une description de ces deux types de faïence.
 
Le corps de ces faïences est fait d’un mélange d’argile et de marne calcaire. La pâte, qui est douce au toucher, est poreuse et homogène. Celle de la faïence française peut être de différentes couleurs, telles que blanc chamois, jaune, rougeâtre, beige, brun et saumon. La pâte de la faïence hollandaise est plutôt jaune clair. La couleur du corps est d’ailleurs la principale caractéristique permettant aux archéologues de différencier la faïence française de celle hollandaise. Une fois que l’artisan avait créé la forme d’un objet, il enduisait la pâte d’un émail stannifère opaque, généralement onctueux et épais qui était constitué d’un mélange d’oxydes de plomb et d’étain, de sel marin, de soude et de sable quartzeux. Cet émail pouvait prendre différents tons de blanc. Les pièces fabriquées avec cette faïence pouvaient être unies ou décorées de bandes, de motifs géométriques ou de motifs floraux. Les décors ainsi que les couleurs utilisées pour ces derniers varient selon plusieurs styles. De plus amples analyses des tessons retrouvés sur le site seront nécessaires, afin de déterminer les styles et les provenances.

Tesson de faïence décoré de motifs géométriques.


Tesson de faïence décoré de motifs floraux.


Le procédé de fabrication des objets en faïence était assez complexe. La forme était façonnée par tournage ou moulage. Une première cuisson, dite feu de dégourdi, était alors exécutée. L’objet était ensuite trempé dans l’émail, puis laissé à sécher à l’air libre. Les décors étaient appliqués à la main ou à l’aide d’un poncif par le potier lorsque l’objet était sec. La deuxième cuisson avait alors lieu, cette fois à haute température (entre 750 et 900 °C). Il n’y avait que quelques couleurs qui survivaient à cette température : le vert qui provient de l’oxyde de cuivre, le bleu du cobalt, le violet du manganèse, le jaune de l’antimoine, le rouge et l’oranger du fer. Pour avoir plus de couleurs, telles que le rose et l’or, certains artisans peignaient des motifs sur l’émail déjà cuit. Ils effectuaient ensuite une troisième cuisson, mais à basse température qui était appelée de petit feu.
 
Les premières faïences (terre cuite recouverte d’émail) sont apparues en Mésopotamie au début du IXe siècle. Cet art a ensuite voyagé à travers le Maghreb et l’Espagne arabe pour finalement arriver en Europe occidentale. En France, on fabrique les premières faïences dès le début du XVIe siècle. Toutefois, cette céramique devient populaire en Amérique coloniale entre les années 1650 et 1760.
 
 
Brassard, Michel et Leclerc, Myriam. Sous la direction de Marcel Moussette et Réginald Auger. «Identifier la céramique et le verre anciens au Québec». Cahiers d’archéologie du CELAT, 207 p.