De fil en aiguille, des rubans sont découverts!

16 août
16 août 2013

Morceau de ruban.

Les tissus se désagrègent facilement. Il est donc assez rare d’en retrouver lors de fouilles archéologiques. Toutefois, la nature alcaline des sols archéologiques et le bon drainage des lieux ont permis une conservation exceptionnelle des matériaux, ce qui a empêché les rubans de se désagréger totalement. Les morceaux de ruban retrouvés sur le site archéologique d’Odanak sont composés d’un tissage de fils de coton auquel on a intégré un fil de cuivre lors de la confection. Ce métal est responsable de la couleur verte des rubans, résultat de son oxydation communément appelé vert-de-gris.
 

Morceau de ruban.


Ces rubans servaient d’ornements de corps et de vêtements. Fabriqués en Europe, ils étaient utilisés comme objet d’échange avec les Premières Nations, et tout particulièrement les peuples algonquiens. Durant la période de contact avec les Européens, les Abénakis ont intégré à la confection de leurs habits et costumes de nouveaux matériaux provenant d’Europe, tout en maintenant leur style traditionnel. Ils cousaient les rubans à certains de leurs vêtements, tels que les capuches et les jupes afin de les embellir. Ils s’en servaient également pour suspendre des pendentifs à leur cou.
 

Manteau de chef mi’kmaq. Abénaki de Missisquoi, 1990-1996.
Collection Musée des Abénakis, Don Wiseman
Les courbes symétriques qui ornent ce manteau ressemblent aux motifs qui décoraient les rubans de style baroque.

Afin de comprendre pourquoi ces rubans étaient tant appréciés des peuples algonquiens, il est pertinent de faire un retour historique sur l’art européen, où le Baroque marque le XVIIe siècle. Ce mouvement artistique et littéraire est une réaction face à la Réforme des chrétiens protestants. Dans sa composition artistique, l’artiste baroque cherchait l’unité à travers l’incontrôlable dualité qui définit la condition humaine. Pour ce faire, les motifs à double courbe ainsi que la symétrie étaient abondamment utilisés. Ces motifs ont appelé les peuples algonquiens, car ils s’harmonisaient à leur vision du monde reposant sur une idéologie bipartite. Pour les Algonquiens, la symétrie bilatérale représentait une moitié qui entretient avec l’autre moitié une relation reflétée. La culture algonquine et le mouvement baroque percevaient donc le monde de façon binaire, où deux parties devaient s’allier pour former un tout.¹
 
Les rubans fabriqués en Europe étaient ornés de motifs symétriques, de courbes et d’arabesques. Ils plurent aux Abénakis qui reconnaissaient une facette de leur culture à travers ce produit étranger. Ils les adoptèrent et les intégrèrent à leur façon à leur tradition vestimentaire.
 
 
Informations tirées de: MOUSSETTE, Marcel. 2003. «An Encounter in the Baroque Age: French and Amerindians in North America» Historical Archaeology Vol. 37, No. 4, pp. 29-39.