La faïence

21 août
21 août 2013

Tesson de faïence décoré de motifs géométriques.

En général, sur le site archéologique d’Odanak, peu de céramique et de faïence ont été retrouvées. Cela peut s’expliquer par plusieurs hypothèses. Le bois, la stéatite et la poterie amérindienne par exemple, étaient peut-être préférés à la céramique européenne lorsqu’il était question de vaisselle, car certains de ces matériaux étaient beaucoup plus solides. Le bois était également plus léger donc plus pratique à transporter. Pour ce qui est des récipients de cuisson, les Abénakis du village fortifié d’Odanak utilisaient probablement des chaudrons de cuivre ou de fer obtenus des échanges avec les Européens, en l’occurrence les Français. Cependant, les archéologues ont tout de même recensé quelques tessons de différentes céramiques, telles que la poterie amérindienne, la terre cuite commune vernissée verte et la faïence.
 
Les tessons de faïence française et hollandaise sont plus nombreux sur le site que les tessons d’autres céramiques. Voici donc une description de ces deux types de faïence.
 
Le corps de ces faïences est fait d’un mélange d’argile et de marne calcaire. La pâte, qui est douce au toucher, est poreuse et homogène. Celle de la faïence française peut être de différentes couleurs, telles que blanc chamois, jaune, rougeâtre, beige, brun et saumon. La pâte de la faïence hollandaise est plutôt jaune clair. La couleur du corps est d’ailleurs la principale caractéristique permettant aux archéologues de différencier la faïence française de celle hollandaise. Une fois que l’artisan avait créé la forme d’un objet, il enduisait la pâte d’un émail stannifère opaque, généralement onctueux et épais qui était constitué d’un mélange d’oxydes de plomb et d’étain, de sel marin, de soude et de sable quartzeux. Cet émail pouvait prendre différents tons de blanc. Les pièces fabriquées avec cette faïence pouvaient être unies ou décorées de bandes, de motifs géométriques ou de motifs floraux. Les décors ainsi que les couleurs utilisées pour ces derniers varient selon plusieurs styles. De plus amples analyses des tessons retrouvés sur le site seront nécessaires, afin de déterminer les styles et les provenances.

Tesson de faïence décoré de motifs géométriques.


Tesson de faïence décoré de motifs floraux.


Le procédé de fabrication des objets en faïence était assez complexe. La forme était façonnée par tournage ou moulage. Une première cuisson, dite feu de dégourdi, était alors exécutée. L’objet était ensuite trempé dans l’émail, puis laissé à sécher à l’air libre. Les décors étaient appliqués à la main ou à l’aide d’un poncif par le potier lorsque l’objet était sec. La deuxième cuisson avait alors lieu, cette fois à haute température (entre 750 et 900 °C). Il n’y avait que quelques couleurs qui survivaient à cette température : le vert qui provient de l’oxyde de cuivre, le bleu du cobalt, le violet du manganèse, le jaune de l’antimoine, le rouge et l’oranger du fer. Pour avoir plus de couleurs, telles que le rose et l’or, certains artisans peignaient des motifs sur l’émail déjà cuit. Ils effectuaient ensuite une troisième cuisson, mais à basse température qui était appelée de petit feu.
 
Les premières faïences (terre cuite recouverte d’émail) sont apparues en Mésopotamie au début du IXe siècle. Cet art a ensuite voyagé à travers le Maghreb et l’Espagne arabe pour finalement arriver en Europe occidentale. En France, on fabrique les premières faïences dès le début du XVIe siècle. Toutefois, cette céramique devient populaire en Amérique coloniale entre les années 1650 et 1760.
 
 
Brassard, Michel et Leclerc, Myriam. Sous la direction de Marcel Moussette et Réginald Auger. «Identifier la céramique et le verre anciens au Québec». Cahiers d’archéologie du CELAT, 207 p.