L’autre sole

26 sept
26 septembre 2013

Les fouilles effectuées au cours de la semaine du 2 septembre ont permis de mettre au jour un vestige de maçonnerie sèche. Ce vestige est en continuité avec la structure de pierre découverte l’année dernière. Selon sa position à l’intérieur du fort et un plan datant de 1854, il nous est possible d’associer cette découverte à la première église d’Odanak.

Plan de 1854, auteur inconnu

Vestige de l’église, campagne de fouilles 2013

Le vestige est une assise composée de plusieurs pierres disposées de façon régulière. Une partie de la structure située au nord de l’excavation est perturbée par la pose, dans les années 1980, d’un fil électrique entre la fontaine et le presbytère. Malgré ces travaux l’assise de pierre est bien visible et semble se continuer vers l’est. Peu d’artéfacts ont été découverts dans cette section du site archéologique et aucun d’entre eux n’ont été retrouvés parmi les pierres de la structure. Ce phénomène est logique puisque ce type d’assise est construit en profondeur dans le sol. Cette assise se situe donc sous le plancher d’occupation. Dès que le vestige a été entièrement découvert, un dessin technique très précis des pierres, des photos ainsi qu’un relevé de sa position géographique ont été effectués. Les dessins techniques et les données géodésiques permettent aux archéologues de continuer d’étudier le site même après qu’il ait été remblayé.

En Nouvelle-France, entre les années 1660 et 1727, les bâtiments en bois étaient beaucoup plus populaires que ceux construits en pierre et ce, particulièrement en milieu rural. La disposition des pierres et le contexte historique de la structure mise au jour par l’équipe archéologique permettent d’avancer que la première église a probablement été construite selon une technique appelée poteaux-sur-sole. Celle-ci est aussi connue sous d’autres noms tels que pièce sur pièce à coulisse. La technique de poteaux-sur-sole implique l’installation de rondins équarris servant de sole sur une assise de maçonnerie sèche. Une fois les soles en place, la structure de bois du bâtiment est élevée. Ce type d’assemblage permet de construire des bâtiments sur des sols instables. Le sol d’Odanak est très sableux et donc instable, ce qui explique la présence d’une assise de pierre sous la première chapelle.
La technique de poteaux-sur-sole a souvent été utilisée pour construire des bâtiments associés à des postes de traite ou encore à des fortifications. Elle est pratique car elle nécessite peu d’outils. De plus, elle permet une construction rapide et les bâtiments peuvent avoir des formes et des dimensions très variées. Ces derniers peuvent aussi être agrandis autant que désiré. Dans les construction en poteaux-sur-sole, la courte distance entre les poteaux permet de faire des traverses avec du bois de moindre qualité, ce qui est pratique dans certaines régions plus pauvres en bois dur.

Aujourd’hui encore, vous pouvez observer ces constructions typiques de la Nouvelle-France au Québec et aux États-Unis. Au Québec, la maison Lamontagne à Rimouski et la maison Côté-Fraser à Saint-Anaclet-de-Lessard présentent se type de construction. On retrouve aussi cette architecture en Alabama (Mobile) et au Missouri (Sainte-Geneviève) où plusieurs projets de recherche archéologiques et patrimoniaux ont permis la reconstruction de ces bâtiments.

Par Coralie Dallaire-Fortier et Geneviève Treyvaud

Sources :
Site internet de Parcs Canada : http://www.pc.gc.ca/fra/lhn-nhs/ab/rockymountain/natcul/natcul2/11.aspx#autres constructions
LÉONIDOFF, Georges-Pierre. L’habitat de bois en Nouvelle-France: son importance et ses techniques de construction, Revue de la culture matérielle, volume 14, printemps 1982, pp. 19 à 35.
MOOGK, Peter. Building a House in New-France; An Account of Perplexities of Client and Craftsmen in Early Canada, Fitzhenry and Whiteside, Markham, 2002, 156 p.
Projet archéologique de Sainte-Geneviève Missouri : http://lilt.ilstu.edu/emscot2/index.html
The Old Mobile Archaeological Project :

http://www.southalabama.edu/archaeology/pdf/issue-1.pdf